Synesthésies
Qu’est-ce que ça veut dire ?
Du grec syn (ensemble) et aisthesis (sensation)
Modes de perception particuliers vécus par certains individus, consistant à mélanger les modalités sensorielles.
Quelques exemples
Est-ce que vous voyez des couleurs quand vous écoutez de la musique ?
Est-ce que ce que vous touchez a un goût ?
Est-ce que les sons ont une odeur ?
Est-ce que les lettres, les chiffres, les jours de la semaine ont des couleurs différentes ?
Est-ce que de telles suites numériques sont organisées dans l’espace ?
Est-ce que certaines sensations non visuelles, voire des émotions, ont des couleurs, des formes ?
Alors peut-être êtes-vous synesthète !
Description
Automatique et systématique
Stable à travers les années (“aussi longtemps que je me souviens”)
Généralement unidirectionnel
Pas de code universel (deux synesthètes ne vont pas forcément associer la même couleur à la même lettre).
Beaucoup d’associations possibles, mais prévalence des synesthésies lettres/chiffres et couleurs, des formes numériques et de l’audition colorée.
La couleur est la qualité sensorielle évoquée la plus fréquente.
Facteur génétique probable (on rencontre souvent plus d’un synesthète par famille).
Prévalence : près d’une personne sur 1000 ? (Rich, Bradshaw & Mattingley, 2005, Cognition 98 : 53–84)
Est-ce que c’est grave … ?
Dans la grande majorité des cas, la synesthésie n’est ni une pathologie (mais elle peut parfois être associée à des schizophrénies, et elle peut se manifester sous l’effet de drogues), ni une élucubration, mais une particularité individuelle, au même titre que la faculté de bouger les oreilles, l’eidétisme (faculté de percevoir des images visuelles imaginées), la faculté d’écrire en miroir …
Synesthètes célèbres
Nabokov, Messiaen, Hélène Grimaud, sans doute Rimsky-Korsakov, Eisenstein, Hockney, Feynman,
Probablement ni Rimbaud, ni Baudelaire, ni Kandinsky, ni Scriabin (contrairement aux idées reçues).
Historique scientifique
Première description scientifique par Sachs, un médecin bavarois, en 1812.
Très à la mode dans le mouvement romantique fin XIXe début XXe, puis discrédité et un peu tombé dans l’oubli.
“Redécouvert” dans les années 80, popularisé par les tendances “New Age” anti-rationalistes.
Devenu un objet scientifique “sérieux” depuis quelques années.
Pourquoi ça intéresse les neurosciences ?
1. Prouver scientifiquement que les synesthètes perçoivent réellement ce qu’ils prétendent percevoir, par des tests “objectifs” de psychophysique et par l’imagerie cérébrale (IRM fonctionnelle). En fait, ce n’est pas nécessaire : il suffit d’écouter ou de lire les récits des synesthètes pour être convaincu.
2. Essayer de comprendre ce que perçoit un synesthète, quand on n’est pas synesthète soi même, en comparant par exemple les résultats de tests psychophysiques effectuées avec des vraies couleurs et avec des couleurs ‘synesthé tiques’ (évoquées par un chiffre, une lettre ou un son).
3. Rechercher les corrélats de la perception consciente : démarche analogue à celle de la neuropsychologie, où l’on étudie des cas de pathologies cérébrales (typiquement des lésions) pour comprendre le fonctionnement normal du cerveau. Dans le cas des synesthésies, on a la chance de pouvoir étudier une variété d’expériences conscientes chez des individus sains.
Le laboratoire CERCO s’intéresse aux questions 2 et 3.
En France, Edward M. Hubbard et Manuela Piazza à l’INSERM à Orsay travaillent également sur les synesthésies : http://www.unicog.org/main/pages.php?page=Synesth%E9sie
Si vous pensez être synesthète : vous pouvez me contacter pour en parler, pour me décrire votre expérience, et peut-être participer et collaborer à des expériences scientifiques.
Contact : Jean-Michel Hupé - Centre de Recherche Cerveau et Cognition - 05 62 17 37 76
Jean-Michel.Hupe@cerco.ups-tlse.fr
Faculté de Médecine de Rangueil
133 Route de Narbonne – Toulouse